Bahreïn : Les familles des activistes en exil continuent d’être la cible des troubles toujours en cours.

Les organisations de défense des droits de l’homme signataires condamnent le ciblage et le harcèlement incessants dont sont victimes les activistes et leurs familles. « Les défenseurs des droits de l’homme sont soumis à des violations systématiques et continues, telles que la détention arbitraire, l’interdiction de voyager et la torture ». Des témoignages documentés par des organisations de défense des droits de l’homme dignes de confiance ont confirmé que les familles des activistes sont la cible de harcèlements permanents.

Les organisations signataires confirment avoir observé et documenté les abus commis par des membres des services de sécurité à l’encontre de Younes Ahmed Sultan, un citoyen bahreïni, frère de Mohammed Sultan, défenseur des droits de l’homme et membre du Bahrain Center for Human Rights. Ces abus ont révélé l’ampleur de l’implication des services de sécurité dans le ciblage et le harcèlement des familles d’activistes mais aussi la politique de torture devenue systématique, endémique et fréquente, en parallèle de violences sexuelles et de harcèlement.

Younes, l’une des récentes victimes, a été soumis à des tortures physiques et psychologiques ainsi qu’à des traitements dégradants, dont une agression sexuelle infligée par l’officier Taher Al Alawi, le 26 novembre 2017, au commissariat de police de la Province Sud (ville d’Hamad, rond-point 17). Younes a été contraint de coopérer et de travailler pour les agences de sécurité, en surveillant les actions des activistes et les activités des organisations de défense des droits de l’homme proches de l’ONU. (Le témoignage de la victime est joint à cette déclaration).

Les organisations soussignées demandent au gouvernement Bahreïni d’ouvrir une véritable enquête sur cet incident et qu’il soit mis un terme au ciblage et au harcèlement dont sont victimes les défenseurs des droits de l’homme et leurs familles. Le gouvernement bahreïni est lié par l’article 2 de la déclaration des Nations Unies sur la protection des défenseurs des droits de l’homme. Les signataires appellent également Bahreïn à convier le Rapporteur Spécial sur la Situation des Défenseurs des Droits de l’Homme, M. Michel Forst, à se rendre à Bahreïn afin qu’il puisse se prononcer sur la situation actuelle des activistes et de leurs familles.

Les signataires :
1. SALAM for Democracy and Human Rights
2. Bahrain Center for Human Rights
3. Bahrain Forum for Human Rights
4. The European-Bahraini Organization for Human Rights
5. Gulf Institute for Democracy and Human Rights
Témoignage:
Younes Ahmed Sultan est un citoyen bahreïni qui a été interrogé, torturé et menacé par des officiers de police bahreïnis, à deux reprises, en novembre 2017.

Le 19 novembre 2017, des officiers du commissariat de police de la Province Sud (ville d’Hamad, rond-point 17) ont convoqué Younes Sultan et lui ont ordonné de se rendre au commissariat. Il s’y rendit 15 minutes plus tard et fut alors conduit par des officiers au bureau des interrogatoires.

L’enquêteur l’interrogea sur les activités de son frère, Mohammed Sultan, un réfugié bahreïni résidant actuellement en France, ainsi que sur deux autres activistes bahreïnis exilés, Sayed Youssef AlMuhafda, vice-président de Salam for Democracy and Human Rights, installé en Allemagne et Hussain Jawad, directeur d’EBOHR (European Bahraini Organization for Human Rights), résidant également en France.

Au cours de l’enquête, l’officier a accusé Younes Sultan d’avoir rencontré des défenseurs des droits de l’homme exilés en France et en Allemagne, et d’avoir coopéré avec d’autres dans le but de renverser le gouvernement bahreïni. Sultan a nié la véracité des charges. L’officier a alors appelé deux autres policiers qui l’ont menacé de coups et de violences sexuelles.

L’officier lui a également proposé une récompense financière en échange de renseignements sur les déplacements et le travail de ces activistes.

Le 26 novembre 2017, des officiers du commissariat ont de nouveau convoqué Sultan et lui ont demandé de se présenter devant l’officier Taher Al Alawi. A son arrivée, Sultan fut conduit au bureau de ce dernier. L’officier Al Alawi lui proposa du thé et de l’eau ; Sultan répondit d’abord « Non, merci ». Comme l’officier insistait, il choisit l’eau. L’officier Al Alawi la lui lança alors au visage et commença à l’insulter, ainsi que ses convictions religieuses.

L’officier Al Alawi affirma qu’ils détenaient des preuves contre lui, et apporta un ordinateur portable contenant des photos de lui, prises lors de cérémonies publiques et le montrant en compagnie de plusieurs personnages publics, dont Nabeel Rajab. Sultan nia de nouveau toutes activités criminelles, et déclara ne pas se souvenir en détail des conversations qu’il aurait pu avoir avec ces personnes.

Deux officiers le plaquèrent contre un mur et l’officier Al Alawi leur dit : « faites en ce que vous voulez ». Tous trois commencèrent alors à frapper Sultan, à lui retirer ses vêtements et à l’agresser sexuellement. Ils lui mirent aussi des coups de pieds sur différentes parties du corps.

L’officier Al Alawi ordonna aux deux autres officiers de quitter la pièce et d’emporter les vêtements de Sultan. L’officier Al Alawi repris alors l’interrogatoire de Sultan qui se trouvait entièrement nu et l’accusa à nouveau d’ « activités terroristes ». Il fit pression sur lui afin qu’il fournisse des renseignements sur son frère, Mohammed Sultan, et sur Youssef AlMuhafdah et Hussain Jawad, faute de quoi il l’inculperait de complicité et de différentes charges en lien avec le terrorisme.

Plus tard, les gardes rapportèrent les vêtements de Sultan et lui ordonnèrent de se rhabiller. Il découvrit ensuite que les sous-vêtements qui lui avaient été remis n’étaient même pas les siens !

Younes a déclaré que les officiers lui ont dit qu’il avait 15 jours pour réfléchir à leur offre et revenir au commissariat. L’ultimatum a pris fin le lundi 11 décembre. Ensuite, ils l’ont appelé un grand nombre de fois mais par peur, il n’a jamais répondu. Le 13 décembre, à précisément une heure du matin, Sultan a reçu un appel de l’officier Al Alawi, dans lequel celui-ci le menaçait et lui demandait : « Avez-vous peur de moi ? Un appel à cette heure de la nuit effraierait n’importe qui, non ? Votre ultimatum est révolu » !

Younes Sultan a déclaré qu’il a été si intimidé que par peur pour sa sécurité et son bien-être il se trouve maintenant en France, où il entame un processus de demande d’asile, après avoir fui Bahreïn dès le 13 décembre.

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